Catherine Escudié

Dossier de presse / critiques

    Les volumes, les surfaces, les épaisseurs et les transparences, tout est fait de lignes.

S’entrecroisant, se renforçant, se fondant ou s’opposant, elles forment la trame profonde de ce qui apparaît comme un matériau. Souvent presque invisibles, mêlées et légères, elles sont un réseau secret, une sorte de filet dans lequel l’œuvre est prise au piège.

Tissage de fils de plusieurs vies entrecroisées dont chacune, dans sa tension rigoureuse, construit un macramé ténu : à l’exact point de rupture commence le tissage, aussi précis qu’indéchiffré. Tout de suite le trait juste, ou rien.

Les incisions sont profondes, et blanches comme des fils de bâti. La matière est de pierre noire en surface.

Ainsi se présente le négatif du réel, qui est lieu de mémoire, si l’on entend par là cette mémoire immémoriale, « Mnémosuni » la Reine des Muses qui transforme et transpose.

 

 

Françoise Valon


•    L’univers fantastique et métaphysique des gravures de Catherine Escudié évoque l’inquiétante étrangeté du quotidien mis en interrogation existentielle. L’attente de la métamorphose positive qui correspondrait à un renouveau humaniste redistribué, suscite attention et réflexion. La lecture de ses œuvres s’effectue à plusieurs niveaux : le premier immédiat déclenche la captation vers l’imaginaire qui engendre l’émotion. Le second degré attise la sensation et le dérangement touche l’inconscient humain et universel. Enfin le degré extrême privilégie la communication, la lecture « im-médiate » de la surréalité. Alors le spectateur-lecteur entre dans un nouveau monde, l’espace de la créativité et de la révélation.

 

Michel Darnaud

     Dans l’œuvre de Catherine Escudié, l’image, comme remontée du plus profond de la conscience, se tisse par lambeaux. Le trait, constamment en quête de mouvement, chemine par éclats, d’une interrogation à l’autre. L’humain, renvoyé à l’humilité de la matière, retrouve l’antique familiarité qu’il entretient avec les autres règnes ; il s’agit alors de refaire le parcours de ses fractures. Par ces tensions entre la forme et la matière, par la vivacité et la précision de son tracé, Catherine Escudié nous fait pénétrer dans un univers fantastique qui sonde en nous la part la plus intime de nos mythologies et de nos craintes. Dans cette humanité exacerbée s’affirme le talent d’un graveur accompli et la puissance d’une visionnaire.

 

 Olivier Dautry

 

 •        Entre l’ivresse de l’espace ouvert et la nostalgie du refuge, entre le vertige de « la descente » ou l’envol de « la roue » -toutes voiles dehors- et le « nid » fragile, suspendu à ses roseaux, entre le moêlleux, l’épais, le translucide et le fil du rasoir, c’est un voyage intérieur dont les traces nous sont laissées, d’une complexité et d’une composition assez méticuleuse pour tisser les rêves les plus fous.

         Plus les traits sont précis, plus les fils sont ténus qui nous tiennent encore à la réalité dont paradoxalement la rigueur du burin nous libère.

          D’abord paraît-il, il y avait des personnages, des monstres et des histoires. Comme dans les vieux mythes d’origine, « la course » ou « la folie » nous font voir les figures archaïques que nous avons quittées pour ne les retrouver que dans « le temple ». Mais la pierre des croyances les a figées dans leur désir de sortir du lieu saint. Infiniment, ils tirent sur les piliers fondants dont ils sont l’extrémité vivante. Le temple piétine de cet élan arrêté qui ne tient qu’à lui-même, sa stabilité apparente lui vient de ce que rien n’en peut sortir dans la demi-lumière des voûtes d’où l’on aperçoit la masse indistincte d’un nouveau temple, peut être nommé espoir.

         De même « la charge » nous montrait encore des personnages, mais déjà minuscules, occupés dans la hâte et l’urgence à suspendre au dessus d’eux cet énorme danger de plumes et de rêves crevés qui les surplombe ; ou bien ils sont des « guetteurs » au bord d’un désert d’où, comme celui des Tartares, ne provient que la confuse fumée qui ne présage rien de prècis, mais rien de bon non plus. Les personnages disparaissent peu à peu –le dernier, sur un fil, aborde avec précaution « la descente » dont nous savons qu’elle n’a pas de fin-. Les personnages nous ont quittés ; nous sommes seuls désormais en face de ces énigmes mentales que nous pouvons tenter de suivre depuis le départ qui me semble être « la mémoire » jusqu’à ce « passage » qui me paraît le point ultime où ce voyage nous mène, où un autre, peut-être, commence.

         « La mémoire » comme départ, parce que ses perspectives enchevêtrées nous laissent deviner les pyramides concassées, les brisures de temples grecs, les lambeaux de toutes les architectures dont les palais abandonnés de l’humanité ont fait le labyrinthe de nos pensées. Mais aucune perspective ne domine toutes celles qui se chevauchent ; nous ne savons où aller. Il nous faut trouver un chemin au milieu des parcours secrets de ces gravures, pour arriver au « passage », qui est la torsion du vouloir et la brillance du risque, l’épaisseur construite, la solidité du lien encordé qui propose de passer, coûte que coûte de l’autre coté.

           Entre l’entrée et la sortie de ce monde foisonnant, quelques jalons, des parallèles, des oppositions, des allusions, des rencontres, des filiations, des impasses, des retours, des ruptures, des reprises.

           Par exemple : « la descente » nous fait traverser l’espace du vertige vu d’en haut, « le défilé » nous le fait traverser aussi mais en réduction, et vu d’en bas ; c’est le point de vue qui fait la différence entre la chute et l’ascension. Mais l’espace est seulement « ouvert ».

           « La cage » est ouverte, mais vers le haut. Nous ne pouvons encore traverser l’espace, malgré « le pont » et tous ceux qui furent construits de main d’homme, car nous ne savons pas vers quoi. « Les dévidoirs » cliquettent sur le treillis des fils tendus qu’ils filent, indéfiniment. Ils sont déjà l’annonce de ces « signes » qui se font absurdement tourner les uns les autres par un système d’ailettes entrecroisées. Nous les voyons là au repos, mais quand ils fonctionnent, ils font le bruit assourdissant des engrenages de bois ou celui des crécelles. Peut-être ce tapage même est-il un appel vers ce qui leur donnerait sens car ils ne sont du signe que son fonctionnement mécanique, signes d’eux-mêmes, signes de rien. « La serre » a figé l’espace entre les lamelles d’observation d’un gigantesque microscope à l’envers. Elle nous domine, en contre-plongée, de toute sa végétation pétrifiée, interdite, on dirait les jardins morts de la « très grande bibliothèque ». L’espace est entièrement charnel, au contraire, dans « le souffle ». Deux voix chuchotent dans la nuit, toute entière emportées par un torride vent de sable. Chacune s’y vrille, sans se mêler ni se confondre, signes là aussi, mais déjà vivants. Tant de vent dans un si petit dessin…C’est le vent qui tourne ce « moulin », moulant une écume duveteuse qui est peut-être celle du temps. Le même tournoiement anime « la roue », mais cette fois la voilure y est. On peut aller jusqu’au « voyage », la voile maintenant s’organise autour de la décision du départ.

            Installés dans l’élément aérien, les sortes de « nids » humains de « la ville haute » sont encore des « tentes », mais suspendues déjà comme des « ballons », avant l’arrachement décisif de « la nacelle ». Là, plus aucun appui, plus aucun secours. Seulement le vide survolé par un fragment pantelant de ce qui fut sans doute, autrefois, un abri suspendu.

Aucun « support »ne tient. Ils se font chuter les uns les autres dans un fracas harmonieux. Seul le mouvement les porterait vers la stabilité raccommodée du « pilier ». Mais « les support » ont besoin d’être supportés. Aucun pansement ne les réconcilie avec eux-mêmes. Autour du « pilier » vient s’enrouler le mouvement de l’errance, dans le silence soyeux des atterrissages d’oiseaux. « Le pilier »ne soutient rien d’autre que les toiles et les voilages qui le soignent et le soutiennent.

             Mais trop de complaisance à soi l’immobilise. Il ne peut pas s’en aller. Or l’espace ne peut être nié, fut-ce par une verticalité généreuse, mais seulement traversée –vers l’ailleurs- c’est pourquoi « le passage » nous semble le maître mot, celui par lequel tout voyage est toujours à recommencer.

 

Françoise Valon

        



 

 

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